<REVISTA TEXTO DIGITAL>
ISSN 1807-9288
- ano 3 n.1 2007 –
http://www.textodigital.ufsc.br/
MALBREIL, X. L’imaginaire de l’internet et son
evolution. Texto Digital, Florianópolis, ano 3, n. 1, Julho 2007.
L’IMAGINAIRE DE L’INTERNET
ET SON EVOLUTION
ABOUT THE INTERNET IMAGINARY AND ITS EVOLUTION
Xavier Malbreil
Université de Toulouse II
Toulouse, França
ABSTRACT: In this article, «About the Internet
Imaginary and its evolution», which short version was first published in
December 2006 on the Contemporaneous Art International Center (CIAC) Electronic
Magazine of Montréal, http://www.ciac.ca/magazine/sommaire.htm, I put the focus on the Internet Imaginary
evolution, in a historical and philosophical way. Since more than 150 years,
writers, poets, philosophers have imagined that some day, the networks will
allow man to be near to anyone, near to the artworks, near to the books etc...
So, after having clarify in what meaning I use the term «imaginary», I try to
look at some art works, some social behaviours, that
shows us something as an Internet Imaginary, and the evolution of this
imaginary. First, I notice how the networks have been the scene of contact and
travel, since Marcel Proust «Telephone Ladies» to the novel Neromancer. Secondly, I search how men have conquered
Internet to make him a place to stay, and to accumulate immateriel
goods – which will correspond to the web 2.0. And last, I show, how Internet
has act as a substitute scene of religion, and how the evil has taken its place
on it. My article has the aim to analyse the distorsions between the real social network that Internet
is and how the imaginary as depict it – so that we can see it how it is realy. A first version of this article was published in
December 2006 on the electronic magazine of the International Center of
Contemporary art of
KEYWORDS: Internet
Imaginary. Evolution.
Alors
que l’Internet, en 2007, est arrivé à un palier de maturité dans la plupart des
pays développés, il convient de s’interroger sur les textes prémonitoires et
les œuvres de fiction qui l’ont précédé et accompagné, sur l’imaginaire qu’il
alimente, et sur les cauchemars qu’il continue de générer. L’Internet,
davantage que la plupart des inventions du XX° siècle, est une machine à faire
rêver, à imaginer. Avant même qu’il existe sous la forme que nous connaissons
depuis une trentaine d’années, bien avant même, il avait été imaginé par les
esprits les plus clairvoyants du XX° siècle, et même du XIX° siècle. Source
actuelle de l’imaginaire, il est lui-même issu d’une agrégation d’utopies
scientifiques et humanistes, de prophéties et de rêveries sur lesquelles bien
peu auraient parié. Son imaginaire n’est ni intemporel, ni universel, il a une
histoire, qu’il convient d’analyser, en dehors des enthousiasmes exagérés et
des pessimismes de mauvaise foi qui ont pour l’instant prévalu.
Sa
face la plus sombre aura même été imaginée, bien avant même qu’elle ne soit
révélée par les faits.
Parmi
les écrivains ayant le plus et le mieux imaginé le futur, le romancier français
Jules Verne, dans son roman datant de 1860, Paris au XX° siècle, décrit
l’organisation de Paris en l’an 1960 de cette façon: «le réseau télégraphique
couvrait alors la surface entière des continents et le fond des mers … la
télégraphie photographique, inventée au siècle dernier par le professeur
Giovanni Caselli de Florence permettait d’envoyer au loin le fac-similé de
toute écriture, autographe ou dessin et de signer des lettres de change ou des
contrats à 5000 lieues de distance».
Paul
Otlet, documentaliste belge, bien avant d’écrire son fameux «Traité de
documentation, le livre sur le livre», écrivit à la fin du XIX° siècle «On peut
imaginer le télescope électrique, permettant de lire de chez soi des livres
exposés dans la salle teleg des
grandes bibliothèques, aux pages demandées d’avance. Ce sera le livre
téléphoté».
Et
Jusqu’au poète français Paul Valéry, qui dans un texte fameux, La conquête
de l’ubiquité[1],
paru en 1928, prévoit que «Les oeuvres acquerront une sorte d'ubiquité. Leur
présence immédiate ou leur restitution à toute époque obéiront à notre appel.
Elles ne seront plus seulement dans elles-mêmes, mais toutes où quelqu'un sera,
et quelque appareil. Elles ne seront plus que des sortes de sources ou des
origines, et leurs bienfaits se trouveront ou se retrouveront entiers où l'on
voudra. Comme l'eau, comme le gaz, comme le courant électrique viennent de loin
dans nos demeures répondre à nos besoins moyennant un effort quasi nul, ainsi
seront-nous alimentés d'images visuelles ou auditives, naissant et
s'évanouissant au moindre geste, presque à un signe.»
Plus près de nous, en 1960,
l’inventeur de l’hypertexte, Ted Nelson, aura porté son entreprise sous la
forme d’une rêverie au nom baroque de Xanadu, mot polysémique entre tous
puisqu’il désigna tour à tour la capitale de l’empire de Kublai Khan's, la
maison mythique du magnat de Citizen Kane, l’état fictif dans lequel vit
Mandrake le magicien, un certain nombre de jeux vidéo, de parcs d’attractions,
de dessins animés, sans oublier l’allégorie de l’opulence dans le fameux poème
de Colleridge, Kublai Khan, etc...
Aujourd’hui,
alors que les zélateurs du web 2.0 se font beaucoup entendre, que les multinationales
des médias ont largement investi dans le domaine de l’Internet, il serait
peut-être temps de faire le point sur l’écart vertigineux qui s’est creusé
entre les pratiques actuelles de consultation, certes décomplexées, et les
espoirs, les rêveries, les utopies qui ont accompagné depuis plus d’un siècle
l’établissement des réseaux connus sous le nom d’Internet.
Avant
d’en venir à traiter de l’abîme entre l’usage réel et l’imaginaire des réseaux,
il faudrait peut-être préciser dans quelle acception le mot
« imaginaire » sera utilisé, ce qui nous évitera bien des confusions.
L’imaginaire,
dans le sens où nous allons l’employer n’est pas la construction de représentations
collectives, archétypales, venues du fond des âges, comme l’entendait Carl
Gustav Jung. Le concept du psychanalyste allemand, hautement estimable, serait
bien difficile à utiliser dans le cas présent, et source d’imprécisions,
puisque nous allons analyser tout à la fois des textes littéraires, des
comportements sociaux, des œuvres d’art, toutes manifestations qui ne
ressortissent pas du même registre, et qu’il serait délicat de placer sous le
prisme de la psychologie des profondeurs.
L’apport
du philosophe Maurice Merleau-Ponty nous sera par contre d’une meilleure aide,
qui définit l’imaginaire comme la «...doublure du réel, l’invisible envers
charnel du visible...»[2].
L’imaginaire n’est pas, clairement, hors du réel, ni atemporel. Il est, à côté
du symbolique, la face du réel révélée par l’artiste, ou par quiconque
s’attardant à solliciter la pensée, il est «...pouvoir de restitution d’une
vision naissante sur les choses et sur nous-mêmes».
L’imaginaire,
dans ce sens-là, est à côté du réel. Il circule en parallèle, et resurgit à
tout moment, dans une œuvre d’art qui le révèle, dans un mot, dans un
comportement. L’imaginaire peut aussi précéder le réel, comme ne s’en privent
pas de le faire les auteurs de science-fiction. Il peut en être également la
traîne, comme la mémoire collective finit par le transfigurer. En aucun cas,
donc, l’imaginaire, au sens où nous l’emploierons, ne sera assimilable au rêve,
au fortuit, au non-intentionnel, ni aux puissances de l’au-delà. L’imaginaire
est une construction volontaire de l’homme, pour lui permettre de mieux habiter
le monde. Mais il peut également dépasser cette volonté, pour prendre son
autonomie, et revenir par là où l’on ne l’attend pas. Voir comment l’imaginaire
peut se reverser dans le réel sera l’un des enjeux de cet article.
Il
y a donc un usage réel du Net. Et puis il y a ce que les artistes, les
écrivains, les philosophes, ont imaginé, pensé, et continuent de penser,
d’imaginer.
Pour
ce qui concerne l’usage réel du Net, on pourra trouver dans les statistiques de
sites comme Le journal du Net[3],
ou Internet World Stats[4],
un aperçu des pratiques de connexion dans le monde. Si l’on devait s’en tenir à
ces données, le Net serait une synthèse du téléphone, du courrier postal, du
télégraphe, de la presse écrite, de la télévision, de l’agence matrimoniale, du
trader, du casino et de tout un tas de services utiles et inutiles. Si l’on
devait se contenter d’observer les cartographies planétaires, montrant une
surconcentration des réseaux dans le monde développé, et une quasi absence en
Afrique, en Amérique latine, dans certains pays d’Asie, on pourrait penser que
le Net n’est après tout qu’un décalque des flux commerciaux observables à
travers le monde.
Mais si l’on devait en rester au
seul domaine du quantifiable, comment pourrait-on expliquer toutes les
métaphores liées au voyage pour parler du Net, comme s’il s’agissait d’un autre
pays, d’un autre monde? Comment comprendre le nombre élevé de vocables
empruntés au domaine de la magie, de la religion, du surnaturel, tels que
«magic», «wizzard», «evil», pour désigner de tout simples logiciels, sans
oublier notre fameux Xanadu?
Le Net n’est-il pas un peu plus
qu’une fusion de réseaux ? Sa perception n’excède-t-elle pas notoirement
le fait social et économique, dans l’imaginaire ? Les artistes, enfin,
écrivains, plasticiens, expérimentateurs de tous ordres, qui ont rêvé
l’Internet avant qu’il existe, puis qui ont suivi son invention, et qui
aujourd’hui encore continuent d’interroger les modifications profondes que le
réseau aura apporté à nos vies, ont-ils influencé l’histoire de sa création, à
travers leurs propres constructions conceptuelles, ou bien n’ont-ils fait que
prévoir et accompagner ce qui devait arriver ?
Pour
répondre à ces questions, nous devons d’abord nous interroger sur l’image
numérique elle-même, sur ce que nous voyons dans un écran.
Aujourd’hui
où la puissance des ordinateurs, et subsidiairement celle des réseaux, nous
permet d’avoir un affichage graphique de haute qualité, nous pouvons oublier
comme l’image perçue sur notre écran n’est que le résultat d’une suite de
calculs et d’instructions données via la mémoire centrale de l’ordinateur.
Chaque pixel perçu est le résultat d’une addition d’algorithmes.
C’est
toute la différence avec l’image analogique, que l’on développe à la sortie de
bains révélateurs, après l’avoir captée avec un appareil photographique.
L’image analogique est la preuve d’un état du monde avéré. Comme écrivait
Roland Barthes dans
L’image
numérique, même si elle reproduit une image analogique, ne sera jamais de cet
ordre. Elle n’arrache pas une part matérielle du passé, que nous pouvons
presque saisir entre nos mains, comme une preuve tangible, plus fiable encore
qu’un arbre généalogique. Elle ne risque
jamais d’installer ce hiatus temporel que nous pouvons ressentir à la vision de
vieux films dont les acteurs nous charment et sont tous morts depuis longtemps.
L’image numérique ne nous met pas au contact du « ça a été ». Elle
s’inscrit au contraire dans un en deçà de l’être-là. Ce que nous voyons sur
notre écran affleure à peine à sa surface, et va disparaître bientôt. Le calcul
qui a fait naître ce pixel, comment pouvons-nous être sûr qu’il sera reproduit
fidèlement, de manière orthographique ?
L’image numérique, c’est ce moment
infinitésimal où nous percevons des formes, des couleurs, des mouvements, où
nous lisons des textes, sans la moindre assurance de pouvoir nous reposer
dessus. Une tension asymptotique du visible vers l’image, qui ne parvient jamais
tout à fait à nous convaincre, à nous permettre d’inscrire dans la durée ce que
nous sommes en train de voir. C’est pourquoi le terme même
« d’image » numérique pourrait être remis en cause. Ce n’est que par
souci de clarté que nous conserverons l’usage commun de ce terme.
La part de l’image numérique dans
la construction d’un imaginaire des réseaux, parce qu’elle est labile, parce
qu’elle se promène dans l’interstice entre le réel et l’image du réel, ne devra
donc jamais être sous-estimée.
L’en
deçà du monde qui est inhérent à l’image numérique, certainement essayons-nous
de le pallier, par des projections mentales. En tissant des réseaux, qui
finissent par renouveler le concept de communautés, en essayant par de très
nombreux moyens de construire un patrimoine numérique, en cherchant à recréer
ce que le lien religieux avait noué, ou en transgressant la loi, la coutume et
jusqu’à l’usage typographique, les utilisateurs du réseau construisent un objet
culturel inédit, insaisissable, qui serait incompréhensible si sous
n’acceptions pas d’entendre ce que l’imaginaire nous en dit.
LE
CORPS REEL POURRAIT-IL SE LEVER?
«[...]
les Danaïdes de l'invisible qui sans cesse vident, remplissent, se transmettent
les urnes des sons; les ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une
confidence à une amie, avec l'espoir que personne ne nous entendait, nous
crient cruellement: «J'écoute»; les servantes toujours irritées du mystère, les
ombrageuses prêtresses de l'invisible, les demoiselles du téléphone! Et aussitôt
que notre appel a retenti, dans la nuit pleine d'apparitions sur laquelle nos
oreilles s'ouvrent seules, un bruit léger - un bruit abstrait - celui de la
distance supprimée - et la voix de l'être cher s'adresse à nous. C'est lui,
c'est sa voix qui nous parle, qui est là. Mais comme elle est loin! Que de fois
je n'ai pu l'écouter sans angoisse, comme si devant cette impossibilité de
voir, avant de longues heures de voyage, celle dont la voix était si près de
mon oreille, je sentais mieux ce qu'il y a de décevant dans l'apparence du
rapprochement le plus doux, et à quelle distance nous pouvons être des
personnes aimées au moment où il semble que nous n'aurions qu'à étendre la main
pour les retenir. Présence réelle que cette voix si proche - dans la séparation
effective! Mais anticipation aussi d'une séparation éternelle! »[7]
Dans
le tome I du Côté de Guermantes, paru en 1920, Marcel Proust pouvait
encore s’émerveiller de la présence à distance que le dialogue téléphonique
inaugurait. En ce XX° siècle naissant, il n’était pas encore interdit de
comparer les opératrices du téléphone à des Parques, des Danaïdes, des Furies,
comme il le fait à plusieurs reprises dans
A sa façon, il
inaugurait une riche production intellectuelle et artistique sur la notion de
présence à distance. Il entrevoyait également que le réseau immatériel tissé
par deux voix se parlant à distance créait un pont entre les êtres, au-dessus
d’une terra incognita floue, effrayante, qui évoque pour lui la « séparation
éternelle» mais qui sera métaphorisée par ailleurs d’une toute autre façon.
Depuis,
les œuvres s’appuyant sur ce dispositif se sont succédées. Pour prendre
seulement l’exemple de l’installation Hole in the space [8]
(1980) au cours de laquelle un écran cathodique était installé dans une rue de
New York, tandis qu’un autre l’était dans une rue de Los Angelès, tous deux
reliés par caméra et micro en temps réel, on peut remarquer que ce qui émerge
d’un réseau, ce n’est pas seulement la réunion, le lien tissé, mais aussi le
vide dessiné alentour. Le réseau met autant l’accent sur la présence dans
l’absence, que sur l’absence dans la présence. Le titre de l’œuvre de Kit
Galloway et Sherrie Rabinowitz nous l’indique assez clairement, qui met en
avant une notion de manque, ce « trou » dans l’espace qui
devint, le temps de l’installation, une attraction et un lieu de rendez-vous
pour les passants de la côte Est et de la côte Ouest des Etats Unis. C’est donc
un paradoxe, souligné tout à la fois par Marcel Proust et par les plasticiens
américains : le réseau crée du lien en soulignant la distance. La distance
rapproche les hommes, et les amène à changer leurs façons de se rencontrer, de
connaître, d’aimer l’autre. Le rôle des artistes, dans l’un comme l’autre cas,
aura été de souligner ce que la technique impliquait. La technique permettait
de réaliser la chose, comme se parler au téléphone, ou mettre en place un
réseau télématique entre deux côtes des Etats-Unis, mais il aura fallu la
volonté d’un geste artistique pour rendre lisible ce que la technique modifiait
dans la psyché humaine.
Pour
citer encore Maurice Merleau-Ponty, la «science rend le monde disponible, l’art
le rend habitable». Mais ce que l’histoire de la constitution des réseaux et de
la naissance d’Internet nous montre, c’est que la dichotomie traditionnelle
entre art et technique ne peut plus être tenue pour certaine, pour évidente. La
puissance d’un imaginaire des réseaux brouille les frontières les plus fermement
établies. Une expérience, comme celle relatée par Allucquère Rosanne Stone,
dans son article «Le corps réel pourrait-il se lever?[9] »,
nous montre comment les premiers réseaux télématiques se sont constitués, à la
fin des années 70, dans cet environnement si propice aux utopies
technico-philosophiques,
Les
premiers membres de réseaux télématiques étaient des aventuriers, souvent
étudiants ou professeurs dans les nombreuses universités autour de Palo Alto,
qui possédaient les premiers ordinateurs personnels, et qui se cotisaient pour
acheter un serveur télématique. Ce sont eux qui les premiers ont donné une
réalité à la notion de réseau électronique. Eux qui ont commencé à entrevoir ce
que pourrait être l’Internet.
L’une
de ces premières communautés, reliée par un serveur télématique, s’appelait
«Communytree» - parce que les discussions, disposées sous forme d’arborescence
sur l’écran matérialisait chaque nouvelle discussion sous forme d’une nouvelle
branche - et avait pour objet l’étude des nouvelles religions, formant cette
nébuleuse appelée le new age. La profession de foi de cette communauté ne
faisait certes pas dans la modestie, qui affirmait « Nous sommes comme des
dieux, autant ne pas bâcler le travail » ![10]
Mais, contrairement à ce que l’hypersensibilité de Marcel Proust pouvait lui
souffler, les membres de cette communauté ne voyaient pas la distance entre
eux, et l’immatérialité de leur réseau, comme le préambule à la séparation
éternelle. Tout au contraire.
Ce
que Allucquère Rosanne Stone souligne dans son article, c’est justement la
transposition quasi instantanée et unanime entre ce réseau électronique et une
expérience de vie sociale avérée. Ceux qui faisaient partie de ce réseau
avaient l’impression de participer à une «nouvelle forme d’expérimentation
sociale»[11].
Pourquoi?
La
réponse à cette question est connue, donnée par William Gibson avec cette
célèbre formule : «Le Net est une hallucination consensuelle». Ainsi, les
membres de Communytree, se connectant au serveur qui les reliait à ce premier
réseau, et découvrant l’arborescence des messages, dans la pauvreté graphique
que l’on peut imaginer, ne voyaient pas de simples lignes de chiffres, puis de
mots s’aligner sur leur terne écran, mais voyaient des êtres humains, porteurs
de spiritualité, porteurs d’un projet de transformation de l’humanité. Quoi que
l’on puisse penser d’une certaine naïveté inhérente à cette époque, c’est la
puissance d’imaginaire des réseaux qui doit être soulignée. Il faut retenir encore
de cette expérience, racontée par Allucquère Rosanne Stone la façon dont le
petit groupe initial des participants à Communitry fut vite dépassé par de
jeunes étudiants, férus d’informatique, qui voulurent bousculer le bel
unanimisme des initiateurs du réseau, en communiquant des messages
scatologiques, à contenu sexuel, bref tout ce que l’on imagine sans peine.
C’est pourtant grâce à ce «désordre» que la technique des réseaux dut évoluer,
que les mesures de sécurité naquirent, et que l’obligation de disposer d’un
«pseudonyme + mot de passe», pour exister sur un réseau fut établie. La
création d’un mot de passe + pseudonyme, c’est le début de la notion d’avatar
et de vie virtuelle, telles qu’on les connaît si bien de nos jours.
D’un
brouillage de l’intention initiale des créateurs du réseau par de jeunes
hackers, qui voulaient prouver leur savoir-faire, a découlé l’établissement
d’une norme qui s’est révélée on ne peut plus féconde pour l’imaginaire :
la création d’un Pseudonyme + Mot de passe, c’est le premier pas vers cette
construction de soi comme un autre, qui est la marque des vies addic-tionnelles
sur le réseau.
Ce
qu’il faut retenir de l’expérience relatée par Rosanne Stone, c’est la façon
dont l’organisation même du réseau, sous forme d’arborescence aura transmuté un
acte technique en un objet social. La symbolique de l’arbre aura de plus
fortement marqué un imaginaire du réseau comme sculpture sociale, comme
nouvelle façon d’être-ensemble.
C’est
toutefois de nouveau sous la forme d’un roman qu’une nouvelle impulsion, et
dans une autre direction, sera donnée à l’imaginaire des réseaux
NEUROMANCIEN
Dans
son roman « Neuromancien[12] »,
paru en 1984, William Gibson décrit un univers de hackers, de contrebandiers,
de performers, qui luttent en un brouillard existentiel, pour trouver de
nouvelles façons de vivre leur corps dans un univers saturé de technique
informationnelle. Le sujet de Neuromancien, c’est exactement cela :
comment vivre la présence -irréfutable - du corps, alors que des techniques toujours
plus efficaces permettent de le projeter à distance. Si Case, le héros de Neuromancien,
a toujours un corps, il ne le considère plus que comme « viande »,
support de l’esprit qui, lui, veut voyager sur les réseaux informatiques, et
vivre sa vraie vie. L’étape suivante sera la décorporisation.
Ce
que Case et les autres personnages de Neuromancien indiquent dépasse de
loin le cadre d’un roman de science-fiction, et c’est pourquoi l’œuvre aura une
telle postérité. Sa popularité, débord assurée par les milieux de la
contre-culture, et par les amateurs de science-fiction, gagnera peu à peu
l’ensemble du corps social, grâce, il faut bien le dire, au film Matrix, qui
popularisera ses thèmes, jusqu’à infiltrer l’univers de la publicité, du
dessin, de la mode.
Une
des représentations les plus frappantes de Matrix, ces longs rideaux de
chiffres verdâtres dégoulinant du haut vers le bas, et qui matérialisent les
flux d’information, est même devenue un gimmick pour indiquer la modernité de tout
ce qui est en rapport avec les technologies des réseaux, téléphone, web, et
pour finalement symboliser le passage dans un autre monde.
Mais
que reste-t-il du propos de William Gibson en dehors de ces quelques signes
graphiques ? C’est une question que l’on pourrait se poser en la mettant
en parallèle avec un roman ayant de beaucoup outrepassé son cadre, comme Don
Quichotte. Le roman de Cervantès est resté par son personnage qui est devenu ce
qu’on appelle un mythe littéraire. Du roman lui-même, et de sa complexité, il
ne reste pas davantage auprès du grand public que ce mythe. Mais c’est déjà
beaucoup. De même, avec Neuromancer, on tient un exemple parmi les plus
frappants de la façon dont la littérature de science-fiction, sur une
thématique liée aux réseaux, aura pu infiltrer l’ensemble du corps social.
La
croyance en une théorie du complot, poussée jusqu’à son extrême dans Matrix, au
point que c’est le monde apparent lui-même qui est le complot, voilà quelque
chose qui sera passée aujourd’hui dans les croyances populaires de certains
grâce au roman Neromancer. On peut dire de façon très claire que la fiction
s’est introduite dans le réel et que l’imagination d’un romancier aura modifié
l’imaginaire du grand public.
Tout
comme une fraction non négligeable du peuple américain, à la question de savoir
quelle est leur croyance religieuse, répond «La force», en référence à la série
Star Wars, le corps social a réagi à la vision portée par William Gibson, et
certainement bien au-delà des intentions de l’auteur!
Ces
riches années 80, au cours desquelles la technique des réseaux télématiques
commençait à toucher un premier cercle d’utilisateurs, férus d’informatique et
principalement issus du milieu universitaire, sont si fortement marquées par
l’influence des travaux de Marshal Mac Luhan[13],
qu’on ne peut pas les passer sous silence.
Avec
son fameux mantra « Le message, c’est le médium », il oriente la
pensée de son époque, du fait même qu’il porte l’attention du public vers ce qui
semblait aller de soi, déjà, à l’époque, à savoir les grands réseaux
d’information comme la télévision et la radio. Ce que les travaux de Mac Luhan
changent, c’est qu’on peut commencer à considérer les réseaux comme une
matière, et non plus seulement comme le moyen de transporter des contenus. Dès
lors, la tyrannie du contenu, la tyrannie du signifié, peuvent être évacuées,
au profit de l’intérêt pour le support même du contenu, que l’on peut charger
de sens, que l’on peut inclure dans la fabrique de l’imaginaire.
Il
fallait Neuromancien pour oser imaginer que les réseaux puissent devenir
davantage qu’un moyen de transferts des données numériques, davantage encore
qu’un moyen de transport pour l’esprit, une matière romanesque. L’étape
suivante sera franchie par certains théoriciens du post-modernisme et des
gender studies comme Donna Haraway dans son fameux « Manifeste Cyborg[14] »
qui feront de la mixité entre corps et technologie le moyen d’une émancipation…
à vrai dire assez fantasmatique.
Pourtant,
on mesurera comment l’imaginaire des réseaux aura pu évoluer, depuis Marcel
Proust et ses demoiselles du téléphone jusqu’au «Manifeste Cyborg», qui postule
l’introduction de la technique dans le corps. La technique n’est plus
extérieure au corps, et support à la rêverie, la technique rentre dans le corps
pour en augmenter les capacités et le libérer.
Mais
que nous propose aujourd’hui, réellement, la technique? L’infiltration de puces
dans le corps humain pour en assurer la traçabilité, quelles que soient les
raisons invoquées ; les prothèses de toutes sortes, visuelles par exemple,
qui pallient les déficiences aujourd’hui, qui augmenteront les capacités
demain pour fabriquer des surhommes ; la commande à distance sans l’usage
des mains ni des pieds, uniquement grâce à la captation des influx nerveux?,
etc… Rien qui ne soit, en germe, dans le «Manifeste Cyborg».
Ainsi
peut-on observer comment l’imaginaire a pu s’emparer des réseaux de présence à distance,
avec ce premier exemple donné par les Demoiselles du téléphone, de Marcel
Proust, où la technique est support de rêverie, où la technique devient le
tremplin pour réinvestir une fantasmatique des rapports amoureux.
Une
nouvelle ontologie naît-elle de ce récit fondateur, dans laquelle l’être
amoureux apprend que le corps peut être présent dans l’absence, et
symétriquement absent dans la présence ? Le traitement littéraire que
Marcel Proust donne à l’analyse de ce fait technique nous le fait recevoir
comme une nouvelle chance pour l’écriture, qui dès lors peut se dégager de
l’alternative présence / absence : dans la présence, les personnages sont
obligés d’interagir sur l’instant, dans la spontanéité du dialogue, ou dans la
fièvre des corps, et de fait sont soumis au risque de la maladresse, de
l’échec, de l’incompréhension; dans l’absence, c’est soit la lettre, soit la
pensée adressée à l’autre, qui fait exister l’autre, en dehors de la vérité du
corps, et qui parfois travestit l’autre, au risque de la déception. Le genre
littéraire du roman épistolier sera pendant longtemps la façon dont la
littérature tirera parti de l’absence.
On
notera toutefois avec attention la dichotomie décrite par Proust, entre d’une
part le réconfort d’entendre l’autre, et de pouvoir participer de son être
vivant dans l’instant, ce réseau à deux qui s’appelle tout simplement l’amour,
et d’autre part l’impression de déchirement qui ne peut être ôté d’une telle
situation, pour la simple raison que l’autre n’est pas là, dans la réalité, et
que l’écrivain transfigure comme un préambule à la « séparation
éternelle ». Cette dualité, dès lors, ne cessera d’exister, dans toutes
les installations de présence à distance, dans toutes les expériences de
réseaux sociaux.
Ce
qui est dit là-dedans, c’est cette perte d’une unité de l’être humain, cet être
humain que
Puis,
avec les mutations technologiques que nous avons connues au cours de ces trente
dernières années, vient ce rêve d’un homme multi-connecté, qui dans un premier
temps se perd, se cherche, parfois se trouve, dans une longue dérive, un voyage,
sur le fil des réseaux, pour enfin arriver à ce dernier stade, où l’on se
saisit des réseaux pour les installer à l’intérieur de son propre corps, et
faire de son corps cette carte géante, béante, lieu de tous les fantasmes,
centre même de l’utopique noce de la technologie et de la biologie. Ce que le
Manifeste Cyborg nous dit, c’est que cette unité de l’être humain, mesure de
toutes choses, qui aura été perdue dans les techniques de présence à distance,
peut être retrouvée, en reconnectant les réseaux à l’intérieur de son propre
corps.
Certains
films à succès comme «Matrix», «Johnny Mnemonic», «Total Recall» peuvent
être vus comme l’aboutissement de ce courant utopique, inspiré en partie par
Mac-Luhan, qui a débuté dans les années 60, puis s’est appuyé sur les progrès
techniques pour se sédimenter.
Cette
dichotomie, entre d’une part le déchirement, l’agressivité, qui se traduisent
de façon visuelle par une image sombre, des décors froids, un ton pessimiste,
tel que l’on peut le voir dans les séquences de Matrix où le transfert est
programmé, et d’autre part la fusion à l’intérieur
des réseaux, comme les scènes de transe collective, à l’intérieur de Zion,
toujours dans la série Matrix, nous les montrent, cette dichotomie, donc, n’en
reste pas moins présente – l’une étant marquée du signe négatif des prémices du
web, et l’autre reprenant des accents enthousiastes, que l’on croyait rangé au
rayon des antiquités.
Dans
un article sur le web 2.0, publié à la fin de l’année 2006, les journalistes de
Newsweek, Steven Levy et Brad Stone, peuvent conclure « Le cyberspace
était un endroit lointain.
Est-ce
que pour autant le web serait devenu comme le coin de la rue ?
La
vie sociale intense, promise par des sites comme Youtube[16],
Flickr[17],
et autres Myspace[18]
et Wikipedia[19]
pourrait le laisser penser. Le Net serait donc cette simple réunion de réseaux,
qui permettrait d’échanger des contenus, des savoirs, de vivre une sociabilité
alternative, dans une sorte de monde rêvé, sans contrainte, sans le hideux
pouvoir de l’argent.
Un
monde idéal? L’empressement des hérauts de cet Eden de pacotille à nous le
faire croire suffirait à introduire le doute...
Si
l’on examine un jeu comme «Second Life»[20],
on pourra dans un premier temps considérer qu’il réalise les espoirs et les
visions qui ont toujours accompagné le réseau – le cyber-espace comme lieu
propice aux expérimentations les plus extrêmes, u-topie superlative.
Comme
dans Neuromancien, comme dans Matrix, le réseau devient davantage
qu’un lien tissé entre des serveurs, le réseau dessine un nouveau monde. Pour
paraphraser MacLuhan, « le media est le milieu ». Ce qui était en
germe dans ces années 80 expérimentales, ce concept si peu clair de
« réalité virtuelle » est devenu la banalité du XXI° siècle naissant.
Dans
Second Life, toutefois, on remarquera comme l’utopie se teinte fortement de
consumérisme : si le téléchargement du jeu est gratuit, le joueur est très
vite conscient que sans débourser au moins le prix de la carte Premium, soit
9.9 euros par mois, il ne pourra guère être autre chose qu’un passant.
Cette
seconde vie promise par le jeu, qui aurait lieu dans un second monde, n’est en
rien allégée des contingences pécuniaires - facturées en Linden dollars - de la
première!
La
seule promesse tenue, c’est celle de transgresser gentiment l’interdit d’être
son propre géniteur, en bricolant son avatar, dont les prémices, le binôme
«pseudonyme + mot clé» sont ici développées jusque dans les moindre
détails vestimentaires, immobiliers.
Ce
second monde, qui tend de plus en plus à ressembler au premier, puisque Second
Life est désormais pourvu de cabinets d’avocats, de concerts, de mouvements
politiques – et pourquoi pas, un jour, d’un messie ! prenons-en le pari –
ne tient pas longtemps à l’analyse, quand on en lit le blog officiel[21],
où éclate une forme de supercherie.
Ce
qu’un jeu comme Second Life nous amène cependant à constater, c’est l’évolution
de cet imaginaire lié au réseau : alors qu’Internet était perçu, dans les
œuvres romanesques, dans les installations, comme un lieu de passage et
d’expérimentation, il est devenu un territoire immatériel où l’accumulation de
biens immatériels est désormais possible. L’accumulation et tout ce qui lui est
liée: la vente, la dissimulation, le vol. Le vivre-réseau ne serait plus
seulement cet instant au-dessus du vide où deux êtres se connectent, sans que
leur corps soit mis en présence, il serait également échange de données,
dialogue avec une mémoire externe, construction d’un patrimoine numérique,
simulacre d’une vie réelle.
MELANGE DE SYMBOLIQUE,
IMAGINAIRE ET REEL
On
notera toutefois comme il est difficile de considérer Second Life comme
relevant uniquement du régime de l’imaginaire. Les sommes d’argent que certains
y gagnent sont en effet on ne peut plus réelles, et atterrissent sur le compte
courant du joueur. Par ailleurs, l’accumulation à laquelle certains habitants
de Second Life se livrent ne ressortiraient-ils pas bien davantage du régime du
symbolique. Est-ce qu’à force de solliciter la puissante création imaginaire
collective autour des réseaux, dont nous avons évoqué déjà quelques aspects, à
force de mélanger le réel, le symbolique et l’imaginaire, un jeu comme Second
Life ne finirait pas par annuler le potentiel
d’imaginaire lié aux réseaux ? Par ailleurs, le fait que ce jeu ne
soit pas « open source » ne contredit-il pas une certaine éthique du
net, qui fait partie de son imaginaire ?
Pour
reformuler ces questions sous un autre angle, ne pourrait-on pas se demander si
la réalisation effective d’une vue de l’esprit, comme la constitution
d’avatars, pourrait finir par tuer le besoin d’imagination qui lui était
lié ?
Ce
sont des questions que l’on peut se poser.
Si
le Net est un autre monde, sûr et tangible, où l’on pourrait accumuler des
biens immatériels, il faut y envisager, de façon symétrique que la disparition
des êtres humains pourraient y avoir aussi un sens. L’exemple des nombreux
sites destinés à garder une trace de nos chers disparus nous le montre bien.
Celui-ci, par exemple, Mémoriaux chrétiens[22]
semble organisé comme un mémorial matériel.
LE NET COMME ESPACE MEMORIEL
FAMILIAL
Les
familles peuvent y déposer une photo de leur cher défunt, une courte
biographie, des témoignages des proches, ce qui pourrait rapprocher ce mémorial
d’une installation funéraire traditionnelle, pierre tombale dans un cimetière
ou plaque dans un funérarium. Mais on constate sur ce site qu’une musique est
associée à l’espace dédié au mort, ainsi que des prières et un certain nombre de signes relevant du domaine
de l’intimité, comme si l’espace mémoriel ne se situait pas en dehors du cercle
familial, dans un lieu public, mais à l’intérieur de la maison, comme les
autels des ancêtres de certaines familles asiatiques. Cet espace mémoriel sur
le Net permet également au visiteur de laisser des traces durables, bougie,
fleur, texte, qui seront conservés aussi longtemps que le site existera, à la
différence de leurs équivalents réels, déposés dans un cimetière et emportés très
vite par le vent. Un compteur enregistrera le nombre de fleurs, le nombre de
visites reçues par le mort, et permettra d’en mesurer l’indice de popularité.
Ainsi présenté sous son meilleur jour, le défunt peut y être visité par tous,
mais l’on suppose surtout par ses proches.
Pourtant,
en parcourant l’un ou l’autre de ces sites testimoniaux, on se surprendra à
visiter les «stèles numériques», avec curiosité, bien conscient de parcourir de
nouveaux territoires. Ce qui nous frappera certainement, c’est ce sentiment
dérangeant de participer de si près à l’intimité des familles des disparus,
bien davantage que quand nous parcourons les allées d’un cimetière
traditionnel. Le sentiment qui peut nous parcourir, quand nous déambulons dans
les allées d’un cimetière public, c’est celui d’approcher du mystère de la
mort, d’une façon assez extérieure, réfléchie. Quand on parcourt ces cimetières
en ligne, quand on pénètre dans cet espace qui se situe, de façon inédite à
mi-chemin de la sphère publique et de l’espace privé de la cellule familiale,
nous avons l’impression d’approcher de façon beaucoup plus intime de ce même
mystère. Ce n’est plus «la mort» que l’on approche, mais tel ou tel mort. Les
disparus sont là, souvent figés dans leur belle adolescence, une musique,
certainement leur morceau préféré, nous restitue leurs goûts, nous les
redessine tels qu’ils devaient être.
Que
l’on pense à l’abondante production littéraire, surtout au XIX° siècle en
Europe, mais aussi dans les littératures classiques japonaise et chinoise,
autour des morts qui reviennent, et l’on songera au potentiel de tels sites
pour la fiction romanesque ! Les sites testimoniaux, qui partent d’une
volonté réelle pour les familles de construire une nouvelle relation à la mort
grâce aux outils informatiques, contiennent en germe un renouvellement complet
de l’imaginaire qui a engendré tant d’œuvres musicales, filmiques, littéraires.
Le
cas le plus extrême serait pourtant celui de cet artiste anglais, Donald
Rodney, décédé en mars 1998, qui a créé un site[23]
chargé de lui survivre, et de maintenir la fiction de sa vie. Alors qu’il
sentait sa fin venir, il décida en effet de créer un site qui serait entretenu
par un groupe d’amis artistes, site qui continue d’évoluer en 2007, tout comme si
son auteur était toujours là pour s’en occuper. Ne dit-on pas qu’un artiste
reste toujours vivant à travers ses œuvres ! Si ses œuvres continuent
d’évoluer, c’est donc qu’il est toujours en vie. Dans la riche histoire de la
négociation que les humains ont toujours tenté avec la mort, l’implacable mort,
l’Internet apporte sa contribution remarquée !
Cette
capacité des réseaux à garder en mémoire une trace des vivants, voire à garder
l’illusion de la vie, a bien entendu été la source d’œuvres de net-art[24].
CIMETIERE DES DONNEES DISPARUES
Comme
un contre-pied ironique à la fragilité des technologies numériques, on pourra
consulter l’œuvre du net-artiste français Blue Screen, le Cimetière des
données disparues[25]
qui conserve
une trace des archives informatiques perdues. Le principe en est simple, qui
voit chaque internaute le désirant confier au Cimetière des données
disparues la trace d’un disque dur complet, ou bien d’une partie
seulement de celui-ci: courrier, photos, vidéos, œuvres en devenir...
Ce
qu’un tel site manifeste, c’est la capacité du Net à devenir un espace de
rétention, d’accumulation, où les biens immatériels peuvent parier sur une
certaine pérennité. Mais contrairement à Second Life, qui parie sur l’accumulation
de biens immatériels dans le jeu, contrairement aux cimetières numériques, qui
dessinent un espace mémoriel inédit, le Cimetière des données disparues
parie sur la conservation d’un signe. Aucun visage d’être cher à afficher,
aucune maison à exhiber, seulement des dossiers parfaitement neutres,
semblables à tous les autres dossiers, qui gardent la trace de travaux
intellectuels ou artistiques, de courriers, qui plus jamais n’existeront.
Dans
l’histoire de la littérature, dans l’histoire de la peinture, il existe des cas
célèbres d’œuvres ayant disparu pour toujours, qui restent dans l’esprit de
leur auteur comme des membres perdus, dont ils ne retrouveront jamais l’usage.
Ces œuvres disparues à tout jamais n’en occupent pas moins une place dans leur
histoire, tout comme un membre perdu occupe une place dans la vie d’un infirme.
De même pour chacun d’entre nous, la perte d’une partie de nos données,
courrier, images, textes, peut se révéler irréparable, mais aussi fondatrice
pour de nouvelles œuvres.
Ainsi,
le Cimetière des données disparues se voudrait l’exhibition à la vue de
tous d’un processus à l’œuvre chez chacun : maturation des sentiments,
évolution des relations humaines, construction d’une œuvre de l’esprit. Que la
vie intellectuelle et affective se construise tout autant sur l’accumulation
que sur la perte, que cette perte soit acceptée ou qu’elle ne le soit jamais,
voilà une vérité qui a depuis longtemps été mise à jour par les artistes, mais
que chacun d’entre nous, intimement, connaît. Parcourir les dossiers des
données disparues des uns et des autres, ce serait comme parcourir l’intérieur
de notre propre cerveau, et plus encore l’intérieur des cerveaux de parfaits
inconnus. Nous savons toujours assez tôt comme le cerveau se vide inexorablement,
jour après jour, mais comme l’esprit, lui, se construit aussi dans
l’oubli !
S’il
fallait à tous prix trouver une spécificité indéniable au Net, ce serait
celle-ci, de pouvoir devenir un palliatif de la mémoire humaine, et qui plus
est de la mémoire collective. Le net peut certes abriter des espaces de mémoire
tout personnels, mais il trouve son utilisation la plus pertinente quand il
devient ce supplément à la mémoire collective, dont nous pouvons à peine
mesurer aujourd’hui les implications dans la construction de l’histoire.
Le
Cimetière des données disparues, à travers les témoignages de ceux qui y
participent, met à jour les accidents informatiques de tous les jours, mais
aussi, les utilisateurs d’ordinateur le savent bien, les actes manqués.
DIS-MOI TES SECRECTS
Ce
qu’un site et une expérience comme l’œuvre de Nicolas Frespech, Dis-moi tes secrets [26],
montre, c’est la capacité du Net à révéler le travail de l’inconscient.
Rappelons brièvement le principe de cette œuvre participative, qui voyait les
internautes priés de confier en ligne, sur un serveur, leurs secrets – qui dès
lors ne le seraient plus. A la suite du dépôt d’un secret qui aurait pu être
attaquable en justice, l’œuvre, achetée par le FRAC Languedoc[27]
avait vite été mise hors ligne par celui-ci. Aujourd’hui, l’auteur cherche à
retrouver l’œuvre originale.
Dis-moi
tes secrets poussait les internautes à confier leurs
secrets – certes derrière la barrière de l’anonymat - comme on pourrait se confier à un tiers. Dès
lors, la parole des participants à cette œuvre pouvait être libérée, puisque
portée sur la place publique. Une parole libérée, mais qui subissait une
codification, au sens premier, lorsqu’elle passait par tous les langages
d’interprétation qui travaillent en arrière-plan de l’affichage sur un écran.
La parole affichée sur un écran en ligne n’est jamais la parole dite par son
émetteur. Elle est, du fait même du média, une parole qui s’est d’abord
engloutie dans un code informatique, avant de resurgir.
C’est
une parole inédite puisque, médiatisée, elle signifie autrement, n’étant ni la
parole spontanée du dialogue, ni celle de la cure psychanalytique, qui
s’adresse par le biais du transfert à un individu en particulier, mais celle
qui se cherche une voie entre publicité et intimité, entre code informatique
voué à ’interprétation, et langage naturel.
Le
fait même que la parole intime sur Internet n’ait pas de statut véritable – ni
parole privée, ni parole publique – et que le lieu où on la dépose ne soit pas
totalement circonscrit - qu’il s’agisse des cimetières numériques, ou des
différentes œuvres d’art numérique que nous avons pu évoquer ici, constitue le
ferment pour un travail de l’imaginaire
dans des directions renouvelées. Le fait que quiconque, au hasard d’un lien
hypertexte, puisse tomber sur une parole intime, sur la trace d’un être ou
d’une œuvre disparue, nous amène en effet à reconsidérer l’antinomie entre
intérieur et extérieur, privé et public : c’est à partir du moment où nous
devons remettre en cause les catégories les plus établies, que l’imaginaire est
relancé, pour négocier avec le réel et le symbolique les systèmes de
représentations qui nous permettent d’exister.
L’article
des deux journalistes de Newsweek, célébrant les nouveaux réseaux sociaux nés
avec le Web 2.0, nous permet en partie de comprendre comment fonctionne cette
renégociation.
Le
web1.0, dans la continuité des problèmatiques liées à la présence à distance,
montrait des travaux se souciant beaucoup de jeux autour de l’identité. Rappelons
ceux de David Still[28],
par exemple, qui offrait à chacun la possibilité de prendre l’identité de
l’artiste David Still. C’était une façon ironique, humoristique, d’utiliser les
failles du courrier électronique, en proposant à chacun de jouer à « Je
est un autre », selon la célèbre formule du poète français Arthur Rimbaud.
Aujourd’hui,
se substituerait une nouvelle ontologie, dans laquelle « je » ne
serait pas un autre, mais serait une superposition de plusieurs couches, comme
les calques d’images de Photoshop, qui se surimposent pour former une image
définitive. Ceux qui utilisent ces nouveaux réseaux sociaux, comme MySpace,
Second Life, DailyMotion, etc… sont souvent présents sur plusieurs interfaces,
entretiennent plusieurs blogs, qui se recoupent entre eux, qui entretiennent
entre eux des liens multiples. L’incroyable accroissement de la masse des
données numériques a nécessité la création de nouveaux outils de localisation
et de tri de l’information, les fils RSS, les Tags, etc...
Le
dilemme entre la perte de son identité dans les réseaux à distance, et la
fusion dans un réseau choisi, un réseau qui échapperait aux déterminismes
sociaux et géographiques, serait ainsi résolu, dans l’imagination de ceux qui
participent à cette explosion de la masse des données numériques accompagnant
le web 2.0. Ce serait l’addition de toutes les présences sur le Net, dans
plusieurs réseaux sociaux, qui dessinerait la nouvelle identité de cet être
multiconnecté, qui dessinerait une nouvelle ontologie. Plus la masse numérique
serait importante, plus l’identité serait certaine, féconde.
Plus
le brouillage entre réel, symbolique et imaginaire serait fort, comme Second
Life nous le montre avec le plus d’éclat et plus les questions dérangeantes,
autour de la perte de l’unité, seraient évacuées.
Le
travail de Jean-Pierre Balpe[29],
professeur émérite et artiste français, qui multiplie les blogs croisés[30],
nous donne la traduction ironique de cette prolifération réticulaire de
l’identité, sous le beau nom de « La disparition du général
Proust » !
La parole, sur
le Net, s’est certes libérée des cadres qui la catégorisaient depuis
Un récit suppose
toujours un destinataire. Un narrateur écrit pour un narrataire. Un locuteur
parle à un allocutaire. Les millions de blogs, de journaux, de forums, n’ont
pas toujours cette précaution : la plupart du temps, ils ne s’adressent à
personne en particulier, et semblent destinés uniquement à leurs narrateurs.
Ainsi le soliloque, qui à l’époque classique, pouvait passer pour un signe
d’aliénation, quand la parole solitaire n’était pas adressée à Dieu, est sur le
Net reconsidéré. Chacun, sur le Net, peut soliloquer, peut émettre une parole publique, sans que sa bonne santé mentale soit
remise en question. La structure même du réseau assure que la moindre parole,
un jour, puisse trouver un récepteur. La parole du soliloque n’est plus
adressée à la divine providence, mais à l’attention aléatoire des internautes.
Le Net, de fait,
est ce qui relie. La création d’une intelligence collective a souvent été mis
en avant par des penseurs observant le maillage du territoire par les réseaux
de communication de tout ordre.
Rappelons ce qui
a souvent été considéré comme une prémonition du Net, dans les écrits de
Teilhard de Chardin[31]
concernant la « Noosphère », « enveloppe pensante de la
terre » qui réunirait les esprits pour « l’éclosion d’une conscience
vraiment collective ». Citons aussi Peter Russel[32]
qui annonce « une cohérence dans le cerveau global » grâce à la
multiplication des communications. Ou encore le philosophe allemand,
spécialiste des médias, Norbert Bolz[33],
qui voit à l’œuvre dans Wikipédia un processus d’auto-organisation permettant à
des non-experts de rivaliser avec la parole autorisée des professionnels.
Cette croyance,
qu’elle soit le fait des millions de bloggeurs, ou d’intellectuels de renom, en
la capacité du Net à relier les êtres et les consciences, pourrait s’apparenter
à une forme de sentiment religieux. Etymologiquement, la religion est ce qui
relie. Et pour ce qui concerne la promotion d’un monde au-delà de la
matérialité, les religions ont montré depuis longtemps la voie ! De fait,
elles n’ont pas tardé à s’installer sur les réseaux et à y dispenser leur
message, sous toutes ses formes.
Du plus trivial,
comme l’achat de chasubles de luxe[34],
ou la fourniture de kits créatifs liés à la Kabbale[35],
au plus étonnant comme la confession en ligne[36],
ou encore l’homélie papale en direct[37],
les courants religieux les plus traditionnels se sont pour l’heure contenté
d’adopter un outil leur permettant de mieux communiquer, jusqu’à même proposer
une église numérique, «Notre Dame du Web»[38].
Ils n’ont pas toutefois modifié leur message. Le Net est un complément à
l’église, voire une église hors l’église, comme dans l’exemple de Notre Dame du
Web.
Par contre, les
églises dites «évangéliques», en provenance des USA, ont notoirement adapté
leur message au Net, et ont une politique de communication des plus agressives,
pour convertir de nouveaux adeptes en ligne. Ainsi, l’église évangélique du
Pasteur Ray Confort, propose sur un site appelé « L’évangélisation »[39]
un certain nombre de kits payants prêts à l’emploi pour évangéliser
l’internaute, et le transformer en évangéliste. Certains sites musulmans[40]
tentent de même de convertir l’internaute à distance, il suffit d’inscrire son
nom dans un champ de requête et de cliquer, on devient musulman !
Enfin, on
trouvera même le moyen de transférer totalement la pratique religieuse vers son
ordinateur, grâce à un site[41]
qui propose de faire réciter des mantras à notre disque dur, puis de les
envoyer vers une mémoire centrale. Il suffit pour cela de se connecter à ce
projet artistique, dont le but avoué est d’augmenter la conscience globale
universelle ! Notre ordinateur personnel répètera «OM mani padme hum» à
peu près 100000 fois, puis le serveur du projet enregistrera les progrès que
nous aurons accompli grâce au travail de notre ordinateur.
Ce lien nouveau
créé par l’Internet ne se superpose donc pas exactement avec le lien religieux.
Il s’y ajoute dans certains cas, pour les nombreuses églises qui s’en servent
comme d’un nouveau vecteur de communication ; pour les églises nouvelles,
dites évangéliques, le Net sera un vecteur de conversion, et pour tout dire de
conversion virale, puisque les dirigeants de ces églises comptent bien sur ce
nouveau média pour convertir de proche en proche de nouveaux convertis ;
enfin, pour ceux, nombreux en occident, qui ont perdu la foi traditionnelle,
chrétienne, la capacité sui generis du Net à lier peut amener à le considérer
comme une croyance de substitution.
Le
messianisme technologique, qui avait vu les tenants de la cyber-culture parier
sur rien moins que le dépassement de plusieurs siècles d’histoire, le
dépassement des habitus, et jusqu’au dépassement du corps - au motif que les techniques
de l’information fourniraient des prothèses cognitives au corps humain et que
le progrès permettrait un jour à l’homme de s’affranchir de son corps, pour
s’investir totalement dans ses prothèses - ce messianisme technologique, donc,
est-il toujours d’actualité?
Quand
on lit, sur le blog de Second Life, le message «Peace in our time»[42],
qui prétend que les nouvelles pratiques de sociabilité nées avec le jeu
pourraient concourir à restaurer la paix dans le monde, on pourrait en effet le
penser. A moins que le cynisme commercial des employés de Second Life les ait
poussé à écrire ce message intentionnellement, pour attirer et retenir le
chaland...
Plus
encore, quand nous lisons sur Google Corporate[43]
«Notre mission est d'organiser toute l’information du monde», nous pouvons être
sûrs que ce messianisme technologique est toujours vivant! Et un des autres
commandements de Google, «Ne soyez pas mauvais» continue sur le chemin de cette
religiosité si étrange pour un esprit rationnel.
«Mission»,
«mal», Google utilise des mots liés au contexte religieux et surtout fait
référence à cette foi si importante en sa propre destinée qui est le point
marquant des USA en général, et de Google, ici, précisément.
Ici,
nous pourrions dire que le messianisme technologique est relié aux fondateurs
des USA, qui avaient ce sentiment d’être un peuple d’élus, ayant reçu en
héritage une terre propice à l’établissement d’une nouvelle foi, voire à la
naissance d’un nouvel homme. Aussi ne devons nous pas oublier ce contexte si particulier
propre à l’Amérique du Nord. Les premiers temps du Web, jusqu’en 1995, étaient
si pleins de cet esprit religieux qu’il n’est pas étonnant de la retrouver dans
l’esprit du web.
Quoi
qu’il en soit, c’est peut-être la seule chose que partagent les théoriciens
historiques des nouvelles technologies comme Roy Ascott[44]
et les nouveaux tenants du web 2.0 : une foi inébranlable dans la
dimension salvatrice de la technologie. La différence entre le premier et les
autres, c’est certainement que Roy Ascott imaginait une rédemption collective,
tandis que les entrepreneurs du web 2.0 pensent plus particulièrement à
eux-mêmes !
FAUX, TRANSGRESSION,
SATANISME, GOTHISME
Un
texte apocryphe comme «La prophétie de Jean de Jérusalem»[45]
finit de creuser le filon d’un réseau propice à toutes les supercheries dans le
domaine du sentiment religieux. Ce texte, manifestement un faux, qui se prétend
écrit au X° siècle, est apparu exclusivement sur le Net, et en premier sur un
site tout entier voué aux élucubrations de toute nature, Syti.net[46].
It pretends that the beginning of the second millenary would be the
worst period for men, but that after a lot of desasters,
civil and religious wars, will appear a time of peace, of reconciliation.
Because it‘s written in an allegedly religious style, perhaps that gullible
people have believed it – and have followed the counterfeiter in his
wanderings. In fact, we see very fastly what the man
who wrote this text wanted to : after having feared the reader with dark
prophecies, be something as a new prophet for the peace and the living
together, thanks to the Net!
On
remarquera l’esthétique toute particulière de la mise en page, fond noir,
écriture bleue, à la limite de la lisibilité. D’autres sites, voués au gothisme
comme « Je suis gothique[47] »,
adoptent la même mise en page, fond noir écriture claire. La plupart des sites
consacrés au satanisme, dont celui-ci, intitulé simplement Satanisme[48],
utilisent également un fond noir, avec caractères en rouge pour l’exemple
illustré.
Les
sites de hackers, les sites liés d’une façon ou d’une autre aux théories du
complot, les sites gothiques et satanistes, les sites d’artistes jouant de la
provocation et de la transgression, prendraient le contre-pied de cette
exigence de lisibilité qui a d’abord prévalu pour propager le message divin.
Suivant une tradition que des manuscrits imprimés et codés - voir l’exemple du
Manuscrit Voynich[50]
- ont déjà largement assise, ces sites exigent de l’hyperlecteur un effort de
décodage, qui peut aller jusqu’à réclamer une expertise informatique des plus
pointues. La transgression commence avec l’apparence. On notera comme le Chaos
Computer Club[51],
site hacker historique, qui en est devenu le porte-drapeau, affiche désormais
une apparence on ne peut plus classique.
Mais
il faudrait se garder de se contenter de cette taxonomie, qui placerait d’un côté
un Net officiel, cherchant la meilleure lisibilité, et de l’autre un Net
contestataire ou criminel, jouant de tous les artifices de la révolte!
Certains sites ayant permis la
réalisation du mal étaient absolument officiels. Ainsi, ce site de rencontres
amoureuses dont un ancien militaire s’était servi pour publier une annonce
demandant à un homme de se donner à lui afin d’être mangé et qui l’avait
effectivement dévoré[52].
Ou le très officiel site de ventes aux enchères Yahoo Auctions sur lequel des
reliques nazies avaient été vendues.
D’autres sites, comme les sites
pédophiles hébergés en Russie, les nombreux sites révisionnistes, sont, eux,
intentionnellement porteurs du mal.
La
présence du mal, sur Internet, ne peut pas être niée.
Elle
prend des formes nouvelles, et demande qu’on définisse précisément où est le
mal : chez celui qui a l’intention de le commettre ou chez celui qui lui
donne les moyens de le commettre. Vinton Cerf, un des «pères» de l’Internet,
s’opposait fermement à la justice française, en 2000, parce qu’elle voulait
interdire la vente aux enchères de ces reliques nazies. L’état français voulait
que Yahoo Auction soit fermé au moins aux internautes français, pour respecter
la loi française. Au motif que le filtrage des internautes était impossible,
parce que les internautes pouvaient mentir sur leur nationalité, et que bloquer
des accès serait revenu à bloquer l’ensemble du web et serait allé à l’encontre
de sa philosophie, Vinton Cerf s’opposa à la décision française.
Aujourd’hui,
en 2007, ce problème a été résolu pour les sites hébergés en France par
plusieurs décisions de justice française, qui a encadré une certaine cyber
criminalité grâce à la «Loi de Confiance dans l'Economie Numérique (LCEN)».
Ainsi
le site d’une association révisionniste, raciste et antisémite, Unité Radicale,
a été fermé, en intimant l’ordre aux hébergeurs de fermer leur canaux à ce
groupuscule[53].
Le
problème de la présence du mal sur Internet n’en reste pas moins entier, soit
qu’il avance de façon masquée sur des sites officiels, soit qu’il ne soit pas
combattu à temps, par ignorance ou par négligence, soit qu’il ne soit en rien
combattu, du fait d’une idéologie permissive, comme en Russie, ou du fait d’un
libertarisme que les premiers théoriciens du web n’avaient aucun mal à
défendre, mais qui aujourd’hui ne pourrait plus l’être.
Définir
la spécificité du mal, sur Internet, on le voit, n’est certainement pas chose
aisée. Aux problèmes qu’a rencontré la philosophie depuis plus de 2500 ans pour
le circonscrire, s’ajoutent ceux d’aujourd’hui, tout à fait spécifiques au
média, et qui tiennent à ce qui a fait justement tout son succès, à savoir la
dispersion des serveurs dans une distribution décentralisée de l’information.
Le concept issu de la seconde guerre mondiale, de banalité du mal, mis en avant
par Hanna Arendt, semble là tout à fait opérant et pourrait s’appliquer aux
hébergeurs qui se dégagent de toute responsabilité, au motif qu’ils ne
constitueraient qu’une simple interface technique, ne seraient que des
dépositaires neutres, et ne pourraient être tenus pour responsable de l’objet
diffusé.
Les
hébergeurs, pourtant sont, de fait, des diffuseurs : sans leur médiation,
les contenus ne pourraient jamais être accessibles aux internautes. Au même
titre qu’un journal, qu’une émission de télévision, ils ont la responsabilité de ce qu’ils hébergent et qui
est diffusé.
Le
mal, dès lors, pourrait être considéré comme relevant, classiquement, de la
personne qui l’accomplit intentionnellement, et de la personne qui lui donne
les moyens de l’accomplir. A ce titre, des états, comme
Plus
encore, la présence du mal sur Internet dépasse les quelques cas trop évidents
qui ont été donnés ici. Tous ceux qui, assurés de l’impunité, profitent de
l’anonymat pour commettre ce qu’ils n’auraient jamais osé en dehors du réseau,
sous la forme de propos injurieux, vexatoires, sexistes, racistes, sont
porteurs, eux, non pas d’une banalité du mal, mais d’une inclination au mal
ordinaire, que chacun porte en germe. Le réseau, en leur garantissant
l’impunité, donnerait à certains les moyens de passer à l’acte. S’ils ne sont
pas passibles de la loi, ils n’en sont pas moins responsables de ce qu’ils font
– pour avoir profité d’une technologie qui les relie à l’ensemble de
l’humanité.
Le
cas le plus outrancier, de perte du sentiment de responsabilité, serait encore celui
de cet homme d’affaires qui propose la chasse à distance, grâce au réseau. Le
principe en est simple, qui permet à quiconque s’acquittant d’une somme de
l’ordre de 10000 dollars, de pouvoir tirer une balle réelle sur un animal
réelle, tout en étant tranquillement assis devant son ordinateur.[54]
Si
nous ressentons immédiatement cette proposition comme choquante, et relevant du
mal, c’est parce qu’elle incite n’importe qui à tuer sans être présent, à tuer
sans en endosser la responsabilité.
Le
mal, sur Internet, ne serait-il pas alors la rupture du lien ténu qui
relie tous les internautes entre eux ? Le Net étant ce qui relie, le mal
consisterait en la rupture de ce lien, qui serait également la négation d’un
vivre-ensemble idéal. En lisant les premiers idéologues-utopistes du Net, tels Vinton Cerf, Roy Ascott, Rosanne Stone, on peut être
surpris de ne détecter aucune référence au mal, comme si celui-ci n’avait
jamais existé. Le monde connecté qu’ils décrivent est un monde d’avant la faute.
Leur demande d’une absolue liberté pour la circulation des idées semble
toujours ignorer que toutes les idées ne sont pas bonnes, loin de là.
De
même les installations de présence à distance mettaient toujours l’accent, sauf
peut-être celles de Stelarc, sur l’enrichissement de la sphère personnelle que
les nouvelles technologies pouvaient nous procurer. La présence à distance, on
le voit avec l’exemple de cette chasse à distance, peut parfaitement devenir
l’enfer de la déresponsabilisation et du meurtre –bien qu’il ne s’agisse encore
« que » d’animaux – sans mauvaise conscience. La faute serait effacée
du fait même de la distance, comme si la non-présence physique permettait de
s’affranchir de toute règle morale.
A
l’opposé de cet irénisme des utopistes, anciens ou nouveaux, du Net, les
premières affaires criminelles ayant mis en lumière tout le parti que pouvait
tirer le mal de l’anonymat garanti par le net, le réseau est apparu comme le
royaume d’un nouveau mal, rampant, sans visage, un mal qui n’aurait plus de
source, mais seulement des cibles.
Ce
serait, dans l’imaginaire des défenseurs de l’ordre, le réseau tout entier qui
serait le vecteur du mal, qui serait le mal incarné.
Un
philosophe comme Bernard Stiegler, dans « La technique et le temps »,
et notamment dans le troisième tome de son ouvrage[55],
voit même dans le réseau la possibilité pour une nouvelle barbarie de
s’insinuer, parce que toute hiérarchie aurait disparu dans l’économie du
numérique. Les idées, les œuvres d’art, se situant sur le même plan que les
flux commerciaux, les marchands de canons utilisant les mêmes outils numériques
que les philosophes et les poètes, il y aurait une contagion du mal sur le
bien.
Dans
l’imaginaire né avec les premiers utopistes du réseau, imaginaire que l’on
retrouve pratiquement inchangé sur le blog de Second Life, le réseau serait,
pour la seule raison de son existence et de façon consubstantielle, le vecteur
du bien. Ce serait sa structure même qui lui garantirait un rôle messianique –
parce qu’il donnerait à chacun la même place dans une économie décentralisée de
l’information, ce qui rattacherait les utopies du réseau aux utopies d’une
communion dans l’égalité, une utopie communiste. Tout à l’opposé, dans
l’imaginaire qu’a véhiculé une certaine presse à sensations, et que continue à
véhiculer des sites comme Atout Cœur, dédié aux multiples mésaventures des
rencontres amoureuses sur le réseau[56],
l’anonymat du réseau en ferait le réservoir d’un mal multiforme, certain, parce
que avançant masqué.
Les
sites islamistes montrant des décapitations, les sites organisant la traite
d’êtres humains, ont fini de diaboliser le réseau des réseaux.
Les
façons pour le moins exagérées dont les uns et les autres font du réseau le
vecteur d’un bien s’accomplissant sur terre, pour une énième transformation de
l’humanité, ou au contraire le vecteur du mal absolu doivent nous poser des
questions sur la nature intrinsèque du réseau. Les hommes ne sont pas tous
ignorants de l’histoire, les hommes n’ont pas tous oublié les enseignements de
la philosophie ou de la religion, et plus encore ils n’ont pas tous oublié ce
que le simple bon sens leur dicte.
Comment
expliquer alors que les uns, et pas uniquement les premiers idéologues du net, semblent
avoir oublié que le mal existe, et qu’il n’attend que les moyens de se
réaliser ? Comment expliquer diamétralement, que les autres veuillent soit
interdire le Net, soit le restreindre si considérablement qu’il perdrait tout
son intérêt en prétextant que le Net serait l’incarnation même du mal?
EN
FORME DE CONCLUSION
Nous
avons vu que depuis plus d’un siècle et demi, le réseau des réseaux a été
imaginé, rêvé, prévu et que l’avènement d’une circulation des informations et
des œuvres de l’esprit, sans frontières et sans limites, avait été espéré comme l’aube d’un nouvel âge d’or de
l’humanité.
Le
fait que les documents informatiques soit liés entre eux, par le lien HTML
place toutes les œuvres de l’esprit dans un rapport de continuité universelle, qui
n’avait jamais été réalisé par le passé. En principe, nul obstacle ne peut
m’empêcher de passer de l’œuvre de Marcel Proust en ligne[57]
au catalogue du constructeur automobile BMW. L’imaginaire est cette
reformulation du réel qui nous permet de le découvrir sous un nouvel angle. Il
court-circuite les schémas cognitifs traditionnels, et nous fait parfois mieux
voir une forme en nous parlant de son odeur, nous fait parfois mieux ressentir
une idée en lui prêtant des sentiments.
La
transversalité permise par le Net ne peut-elle être rapprochée de la structure
même de l’imaginaire, qui parcourt toutes les zones du cerveau humain, et
s’appuie tour à tour sur la perception, la raison, la mémoire ? Et tous
les espoirs fous, incompréhensibles, qui ont pu être projetés sur le réseau,
n’ont-ils pas pour origine cette étrange proximité entre le Net lui-même et
l’imaginaire, qui transfigure le réel.
L’imaginaire
est source de transformations, de métamorphoses, de tropes. Comme une
métaphore, il rapproche ce qui paraissait éloigné, et fait jaillir une vérité
insoupçonnée, de l’ordre du poétique plutôt que du conceptuel. Cette
circulation de l’esprit entre les formes et les idées, cette proximité entre
les contraires, n’est-ce pas ce que les premiers rêveurs du Net avaient
imaginé?
Quand
les premiers réseaux de communication à distance ont permis de rapprocher le
lointain, l’imaginaire des poètes s’en est emparé pour exciper une nouvelle
façon de vivre les relations humaines : ce qui stimulait leur imagination,
c’était la façon dont l’esprit pouvait s’affranchir de la réalité spatiale et
temporelle. Quand les serveurs ont permis d’envisager l’externalisation du
cerveau, et la conquête de nouveaux espaces mémoriels, c’est tout un imaginaire
qui s’est mis en place, pour rêver de nouveaux espaces, qui ne fussent soumis
aux réalités biologiques. Quand enfin les réseaux ont permis de négocier
différemment avec les catégories philosophiques et métaphysiques, c’est le rêve
de pouvoir s’affranchir des impératifs moraux qui a pu voir le jour.
Les
distorsions que nous avons pu noter dans l’appréhension des techniques
d’information et de communication s’expliquent certainement mieux, si nous ne
perdons pas de vue sa proximité avec le domaine de l’imaginaire. En face du
réel, qui doit être borduré par la loi, pour permettre à tous de vivre sans
la contrainte du plus fort, l’imaginaire n’a pas de telles
préoccupations.
Son
domaine par excellence, c’est la transversalité. Entre les formes, les
couleurs, les mots, les sentiments, l’imaginaire transfigure le réel – et c’est
pourquoi les poètes, les écrivains, les plasticiens, sont les ouvriers de
l’imaginaire, et pourquoi le bon sens peut être perdu de vue dès lors que l’on
parle du réseau, dès lors qu’on l’utilise. Internet n’est pas en dehors de la
réalité, parce que l’imaginaire ne l’est pas davantage.
C’est
pourtant au réel qu’il faut toujours revenir, pour que l’imaginaire puisse
exister.
ASCOTT Roy, «Y a-t-il de l’amour dans l’étreinte
télématique», paru dans Art Journal, Automne 1990.
BARTHES Roland,
COURRIER INTERNATIONAL n°826, Norbert Bolz, «Le nouveau royaume
des idiots».
COURRIER INTERNATIONAL n°826, Steven Levy et Brad Stone, «Quand les internautes tissent eux-mêmes leur
toile».
GIBSON William, Neuromancien, J’ai Lu, 1985, pour la première
édition française.
HARAWAY Dona,
Première publication: «Manifesto for Cyborgs: Science, technology, and Socialist Feminism in the
1980’s», Socialist Review 80 (1985).
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et l’esprit. Gallimard, 1964.
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Editions Gallimard.
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1982, p.9.
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(Cambridge : MIT Press, 1991, pp81-118). Traduction française dans
Connexions, Art, réseau, média, sous la direction de Annick Bureaud et Natalie
Magnan, Editions ENSBA, 2002.
TEILHARD DE CHARDIN Pierre, L’avenir de l’homme, Paris, Le
Seuil, 1959 (vol5, note 2, page 203)
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http://www.b-l-u-e-s-c-r-e-e-n.net/
Cimetière des données disparues :
http://www.20six.fr/lessecrets/
Dis-moi tes secrets
http://2067.hypermoi.net/
Site permettant d’envoyer un email dans le futur. David Guez
https://www.postexpression.com/
Site permettant à peu près la même chose :
http://www.tell-a-mouse.be/T-deus/portrait&pray.htm
site d’appel à projets artistiques sur le thème de la religion
http://www.tell-a-mouse.be/sacrifice/sacrifice.htm Albertine
Meunier
http://www.albertinemeunier.net/christ/a_corps_et_a_christ1.htm Albertine
Meunier
http://lessims.ea.com/pages.view_frontpage.asp
Jeu
<REVISTA TEXTO DIGITAL>
[1] Paul VALERY, "La conquête de
l'ubiquité" , in De la musique avant toute chose (textes de Paul
Valéry, Henri Massis, Camille Bellaigue, etc.), Editions du Tambourinaire,
Paris, 1928. Reproduit in Paul VALERY, Oeuvres, vol.II, Coll. "
[2] MERLEAU-PONTY, Maurice, L’œil et l’esprit. Gallimard, 1964
[3] http://www.journaldunet.com
[5] BARTHES Roland,
[6] BARTHES Roland,
[7] PROUST Marcel, Le Côté des
Guermantes, tome 1. Paris, Editions Gallimard. Page 65/158 dans l’édition en
ligne de la Biblitheca Augustana, http://www.fh-augsburg.de/~harsch/gallica/Chronologie/20siecle/Proust/pro_t300.html
[8] Voir l’installation « Hole
in the space » de Kit Galloway et Sherrie Rabinowitz,
en 1980,
présentée
sur http://www.ecafe.com/getty/HIS/index.html
[9] STONE Allucquere Rosanne. Le corps réel pourrait-il se lever ?
Première publication : Cyberspace : First Steps, sous le direction de
Michael Benedikt (Cambridge : MIT Press, 1991, pp81-118). Traduction
française dans Connexions, Art, réseau, média, sous la direction de Annick
Bureaud et Natalie Magnan, Editions ENSBA, 2002
[10] ibid
[11] ibid
[12] GIBSON William, Neuromancien, J’ai
Lu, 1985, pour la première édition française.
[13] MC LUHAN
Marshall, Undestanding Media : The Extension of
[14] HARAWAY
Dona, Première publication : « Manifesto
for Cyborgs : Science, technology, and Socialist
Feminism in the 1980’s », Socialist Review 80 (1985).
[15] Courrier International n°826, Steven
Levy et Brad Stone, « Quand les internautes tissent eux-mêmes leur
toile ».
[16] http://www.youtube.com/
[17] http://www.flickr.com/
[18] http://www.flickr.com/
[19] http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil
[20] http://secondlife.com/
[27] Fonds Régional d’Art Contemporain de
la région Languedoc, France.
[31] TEILHARD DE CHARDIN Pierre, L’avenir
de l’homme, Paris, Le Seuil, 1959 (vol5, note 2, page 203)
[32] RUSSELL
Peter, The Awakening Earth, Routledge, Londres, 1982, p.9.
[33] Courrier International n°826,
Norbert Bolz, « Le nouveau royaume des idiots »
[34] http://www.chagalldesign.com/
[36]
http://www.sciencepresse.qc.ca/kiosquerel/foienligne.html
[44] ASCOTT Roy, « Y
a-t-il de l’amour dans l’étreinte télématique », paru dans Art
Journal, Automne 1990 : « Le processus télématique, comme la
technologie qui l’incarne, est le produit d’un profond désir humain de
transcendance : quitter son corps et son esprit, aller au-delà du langage.
L’espace virtuel et celui des données constituent le domaine, autrefois fourni
par le mythe et la religion, où l’imagination, le désir et la volonté peuvent
réintroduire les forces de l’espace, du temps et de la matière dans un combat
pour une réalité nouvelle. »
[46] http://www.syti.net/index.php
[47] http://jesuisgothique.free.fr/index/index.htm
[48]
http://www.geocities.com/MotorCity/Shop/8593/Satanisme.htm
[49] http://costes.org/
[51] http://www.ccc.de/
[54]
http://news.bbc.co.uk/1/hi/technology/4022147.stm
[55] STIEGLER, Bernard,
[57]
http://jydupuis.apinc.org/Proust/index.htm